Plan de sauvegarde entreprise : guide de la procedure (2026)

Illustration : plan de sauvegarde entreprise

La procédure de sauvegarde est une procédure collective ouverte à une entreprise qui rencontre des difficultés sérieuses mais qui n’est pas encore en cessation des paiements. C’est ce critère qui la distingue du redressement et de la liquidation : tant que l’actif disponible couvre le passif exigible, l’entreprise reste éligible. Seul le dirigeant peut la demander, il conserve la direction de son entreprise, et l’objectif est d’aboutir à un plan de sauvegarde étalant le remboursement des dettes sur 10 ans maximum. Ce guide détaille les conditions, le déroulé, le coût, le mécanisme de remboursement et les issues de cette procédure instituée par la loi du 26 juillet 2005.

L’essentiel

  • Qui peut la demander : le dirigeant uniquement, jamais un créancier ni le procureur.
  • Condition clé : pas de cessation des paiements au jour de la demande.
  • Période d’observation : 12 mois maximum, renouvelable une fois pour 6 mois.
  • Plan de sauvegarde : étalement des dettes sur 10 ans maximum (15 ans pour les exploitants agricoles).
  • Coût d’entrée : provision de 300 à 600 euros au greffe, plus les honoraires des organes désignés.

Qu’est-ce que la procédure de sauvegarde d’une entreprise ?

La procédure de sauvegarde est une procédure judiciaire qui permet à une entreprise en difficulté de se réorganiser sous la protection du tribunal, avant d’être en cessation des paiements. Elle gèle les dettes antérieures, suspend les poursuites des créanciers et débouche sur un plan d’apurement. Instituée par la loi n. 2005-845 du 26 juillet 2005 et inspirée du Chapter 11 américain, elle recouvre deux réalités : la procédure dans son ensemble et le plan de sauvegarde au sens strict, c’est-à-dire l’échéancier de remboursement validé en fin de parcours.

La sauvegarde repose sur un principe propre parmi les procédures collectives françaises : le débiteur justifie de difficultés qu’il n’est pas en mesure de surmonter, mais sans être en cessation des paiements (article L.620-1 du Code de commerce, source Légifrance). Cette anticipation est précisément ce qui permet au dirigeant de garder la main, contrairement au redressement ou à la liquidation. C’est une démarche d’anticipation, pas un constat d’échec, dans la même logique qu’un dirigeant qui veut piloter son entreprise au lieu de la subir.

Qui peut demander une procédure de sauvegarde ?

Seul le dirigeant ou le représentant légal de l’entreprise peut demander l’ouverture d’une procédure de sauvegarde. Ni un créancier, ni le procureur de la République, ni le tribunal de sa propre initiative ne peuvent la déclencher : c’est la différence la plus nette avec le redressement et la liquidation judiciaire, qui peuvent, eux, être imposés. Les bénéficiaires potentiels sont larges :

  • les sociétés commerciales (SAS, SARL, SA, etc.) ;
  • l’entrepreneur individuel et le micro-entrepreneur ;
  • les professions libérales, y compris réglementées ;
  • les exploitants agricoles.

La sauvegarde est strictement à l’initiative du débiteur : aucun créancier ne peut l’imposer (article L.620-1 du Code de commerce, source Légifrance). C’est ce qui en fait un outil de protection volontaire. Cette maîtrise du calendrier est précieuse pour le chef d’entreprise qui veut éviter d’être dessaisi de ses fonctions.

Quelles conditions pour bénéficier de la sauvegarde ?

Trois conditions cumulatives doivent être réunies pour ouvrir une procédure de sauvegarde : des difficultés insurmontables, l’absence de cessation des paiements et l’absence de dispositif amiable trop récent.

  1. Des difficultés que l’entreprise ne peut surmonter seule : difficultés juridiques, économiques ou financières que le débiteur n’est pas en mesure de surmonter par ses propres moyens.
  2. L’absence de cessation des paiements : l’actif disponible doit encore couvrir le passif exigible. Dès que l’entreprise ne peut plus payer ses dettes échues, elle bascule vers le redressement ou la liquidation.
  3. L’absence de mandat ad hoc ou de conciliation dans les 18 mois précédant la demande (article L.621-1 du Code de commerce).

Le délai de 18 mois sans mandat ad hoc ni conciliation avant la demande est une condition de recevabilité : un dispositif amiable trop récent dans cette fenêtre bloque l’ouverture (article L.621-1 du Code de commerce, source Légifrance). Pour un entrepreneur individuel ou un micro-entrepreneur, les mêmes règles s’appliquent : c’est toujours l’absence de cessation des paiements qui reste le critère décisif.

Comment demander l’ouverture de la procédure ?

La demande s’effectue par dépôt d’un dossier au tribunal compétent : le tribunal de commerce pour les commerçants et artisans, le tribunal judiciaire pour les professions libérales et agricoles.

La réforme du tribunal des activités économiques (TAE) est entrée en vigueur le 1er janvier 2025 dans 12 villes pilotes (Avignon, Auxerre, Le Havre, Le Mans, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Nanterre, Paris, Saint-Brieuc, Versailles), pour une expérimentation de 4 ans (source : service-public.gouv.fr).

Le dossier de demande comprend notamment :

  • les comptes annuels du dernier exercice et une situation de trésorerie datée de moins d’un mois ;
  • un compte de résultat prévisionnel et l’état chiffré des créances et dettes avec le nom des créanciers ;
  • l’extrait K-bis ou le numéro Siren et l’avis RNE ;
  • une attestation sur l’honneur d’absence de mandat ad hoc ou de conciliation depuis 18 mois ;
  • le nombre de salariés, l’inventaire des biens et les informations relatives au CSE.

Le simulateur officiel justice.fr permet de vérifier la juridiction compétente selon l’activité et le siège. Cette démarche relève du même guichet entreprise que les autres formalités déclaratives du dirigeant.

Que se passe-t-il après le jugement d’ouverture ?

Le jugement d’ouverture déclenche la procédure, désigne les organes et entraîne le gel des dettes antérieures. Il fait l’objet d’une publicité au RNE/RCS, au BODACC et dans un journal d’annonces légales sous 15 jours. Les organes de la procédure sont :

  • le juge-commissaire, qui surveille le déroulement ;
  • le mandataire judiciaire, qui représente les créanciers ;
  • l’administrateur judiciaire, obligatoire si l’entreprise compte au moins 20 salariés et réalise un chiffre d’affaires supérieur à 3 M€ HT ;
  • le représentant des salariés et, le cas échéant, des contrôleurs.

Les effets du jugement protègent l’entreprise :

  • gel et interdiction de payer les dettes antérieures au jugement ;
  • suspension et interruption des poursuites individuelles des créanciers ;
  • arrêt du cours des intérêts (sauf prêts d’une durée égale ou supérieure à 1 an) ;
  • protection des cautions personnes physiques pendant la période d’observation ;
  • poursuite des contrats en cours et paiement à échéance des créances postérieures utiles ;
  • maintien des salaires.

Les créanciers disposent d’un délai de 2 mois à compter de la publication au BODACC pour déclarer leurs créances ; à défaut, leur créance est en principe inopposable à la procédure (sources : service-public.gouv.fr et CCI Paris).

Concernant le bail commercial, le bailleur ne peut agir en résiliation pour des loyers postérieurs au jugement qu’après un délai de 3 mois suivant l’ouverture. Cette protection donne à l’entreprise un répit pour stabiliser sa trésorerie.

Comment se déroule la période d’observation ?

La période d’observation sert à établir un bilan économique et social de l’entreprise et à préparer le plan. Pendant toute cette phase, le dirigeant reste à la tête de l’entreprise et continue de gérer l’activité, sans dessaisissement.

La période d’observation est plafonnée à 12 mois, renouvelable une fois pour 6 mois, et le dirigeant n’est jamais dessaisi de la gestion, à la différence du redressement où ses pouvoirs peuvent être encadrés (source : service-public.gouv.fr).

Conserver le pilotage opérationnel suppose de tenir un planning PME réaliste, car l’activité doit continuer à générer de la trésorerie pour financer le futur plan. À l’issue de l’observation, trois voies sont possibles : l’adoption d’un plan de sauvegarde, la sortie anticipée si les difficultés ont disparu, ou la conversion en redressement ou liquidation si la situation s’est aggravée.

Qu’est-ce que le plan de sauvegarde et comment fonctionne le remboursement ?

Le plan de sauvegarde est l’issue favorable de la procédure : il fixe l’échéancier de remboursement des dettes, étalé sur 10 ans maximum (15 ans pour les exploitants agricoles). Le remboursement s’effectue sans intérêts sur les sommes restant dues, la première annuité intervenant au plus tard 1 an après le jugement arrêtant le plan.

À partir de la 3e année du plan, le remboursement minimum légal est de 5 % de chaque créance par annuité, et le silence d’un créancier consulté sur le plan vaut accord (source : CCI Paris).

Le tribunal consulte les créanciers sur les modalités du plan. La règle « le silence vaut accord » facilite l’adoption : un créancier qui ne répond pas est réputé accepter la proposition. Pour les grandes entreprises (plus de 250 salariés et CA supérieur à 20 M€, ou CA supérieur à 40 M€), les créanciers votent regroupés en classes de parties affectées.

Voici un échéancier type d’une dette de 100 000 €, dans deux configurations possibles. Ces montants sont des illustrations pédagogiques du mécanisme, pas des montants imposés par la loi.

Année du plan Option A : 100 % sur 8 ans Option B : minimum légal puis montée en charge
Année 1 12 500 € 0 € (différé possible)
Année 2 12 500 € 0 €
Année 3 12 500 € 5 000 € (5 % minimum)
Années 4 à 7 12 500 €/an montée progressive
Année 8 12 500 € solde restant
Total 100 000 € sans intérêts 100 000 € sans intérêts

Cet étalement sans intérêts est le levier central de la sauvegarde : il transforme une dette exigible immédiatement en charges lissées et prévisibles, élément structurant de la stratégie d’entreprise de redressement.

Combien coûte une procédure de sauvegarde ?

Le coût se compose d’une provision versée au greffe à l’ouverture et des honoraires des organes désignés. Les honoraires de l’administrateur et du mandataire judiciaires sont fixés par arrêté tarifaire (articles A.663-4 et suivants du Code de commerce) et restent à la charge de l’entreprise.

La provision réclamée au greffe à l’ouverture d’une sauvegarde se situe entre 300 et 600 € selon le tribunal, à laquelle s’ajoutent les honoraires réglementés des organes (source : CCI Paris).

Le montant total dépend de la taille de l’entreprise, du volume de créances et de la durée de la procédure. Une TPE sans administrateur judiciaire (sous les seuils de 20 salariés et 3 M€ HT) supporte une charge nettement plus faible qu’une PME qui doit en désigner un.

Quels sont les avantages et les limites de la sauvegarde ?

La sauvegarde présente des avantages décisifs mais aussi des contreparties réelles à peser avant de la demander.

Avantages

  • le dirigeant conserve la direction de son entreprise ;
  • les dettes antérieures sont gelées et les poursuites suspendues ;
  • les intérêts s’arrêtent et le remboursement final s’étale sans intérêts ;
  • les cautions personnes physiques sont protégées pendant l’observation.

Limites

  • la procédure est publique (publicité au BODACC), ce qui peut altérer la confiance des banques, fournisseurs et clients ;
  • elle représente un coût (provision de greffe et honoraires des organes) et une complexité administrative ;
  • elle peut être perçue comme un signal de faiblesse par les partenaires commerciaux ;
  • la cession totale du fonds de commerce est impossible en sauvegarde, contrairement au redressement (source : CCI Paris).

La sauvegarde n’est pas une solution miracle, mais un outil d’anticipation à activer au bon moment. L’assumer relève d’une politique RSE crédible, qui privilégie la transparence vis-à-vis des parties prenantes plutôt que de masquer les difficultés.

Quelle différence avec le redressement et la liquidation judiciaire ?

Ces trois procédures collectives se distinguent avant tout par l’état de cessation des paiements et le sort réservé au dirigeant.

Critère Sauvegarde Redressement judiciaire Liquidation judiciaire
Cessation des paiements Non (interdite) Oui, depuis moins de 45 jours Oui, sans redressement possible
Qui peut demander Le dirigeant uniquement Dirigeant, créancier, procureur Dirigeant, créancier, procureur
Sort du dirigeant Reste à la direction Peut être assisté ou dessaisi Dessaisi (liquidateur nommé)
Période d’observation 12 mois max (+ 6 mois) 12 mois max (renouvelable) En principe pas d’observation
Objectif Réorganiser et anticiper Sauver l’activité et l’emploi Vendre l’actif, payer les créanciers
Issue principale Plan de sauvegarde (10 ans) Plan de redressement ou cession Clôture, radiation

Le critère réellement discriminant reste l’état de cessation des paiements : c’est lui qui fait basculer une entreprise de la sauvegarde vers le redressement, puis vers la liquidation lorsque aucun redressement n’est plus possible.

Qu’est-ce que la sauvegarde accélérée (et la SFA) ?

La sauvegarde accélérée est une variante rapide, ouverte à une entreprise ayant engagé une conciliation préalable et disposant déjà d’un projet de plan soutenu par une majorité de créanciers. La sauvegarde financière accélérée (SFA) ne concerne, elle, que les créanciers financiers et vise les plus grandes entreprises (article L.628-8 du Code de commerce).

La sauvegarde financière accélérée (SFA) est plafonnée à 4 mois et ne s’applique qu’aux créanciers financiers, alors que la sauvegarde accélérée généraliste traite l’ensemble des créanciers (sources : service-public.gouv.fr, BPI France). Ces régimes accélérés restent réservés à des situations préparées en amont via une conciliation : ils ne se substituent pas à la sauvegarde classique pour une TPE ou une PME ordinaire.

FAQ : procédure de sauvegarde d’entreprise

Et si je me suis porté caution de mon entreprise ?

Si vous êtes caution personne physique, les poursuites du créancier contre vous sont suspendues pendant la période d’observation. Cette protection peut prendre fin une fois le plan arrêté : en cas d’échéance impayée, le créancier peut reprendre les poursuites contre la caution. Un point à vérifier avec votre conseil avant de déposer.

Combien de temps dure une procédure de sauvegarde ?

La période d’observation dure 12 mois maximum, renouvelable une fois pour 6 mois. Le plan qui en résulte peut ensuite courir sur 10 ans maximum (15 ans pour les exploitants agricoles).

Qui décide de l’adoption du plan ?

Le tribunal arrête le plan après consultation des créanciers. Pour les créanciers consultés individuellement, le silence vaut accord ; pour les grandes entreprises, le plan est voté par classes de parties affectées.

La sauvegarde peut-elle se transformer en redressement ou en liquidation ?

Oui. Si l’entreprise se retrouve en cessation des paiements ou si aucun plan viable n’émerge, le tribunal convertit la sauvegarde en redressement, voire en liquidation judiciaire.

Le dirigeant perd-il le contrôle de son entreprise ?

Non. En sauvegarde, le dirigeant n’est jamais dessaisi : il continue de gérer son entreprise pendant toute la période d’observation. C’est l’un des intérêts majeurs face au redressement.

Combien coûte concrètement l’ouverture ?

Le greffe réclame une provision de 300 à 600 € selon le tribunal. S’y ajoutent les honoraires réglementés du mandataire judiciaire et, le cas échéant, de l’administrateur judiciaire (articles A.663-4 et suivants du Code de commerce).

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Avant toute démarche, consultez un avocat, un administrateur judiciaire ou un mandataire judiciaire. Données à jour en 2026.

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Camille Roussel

Rédactrice en chef · Guide des Entreprises

Camille Roussel est rédactrice en chef de Guide des Entreprises. Ancienne entrepreneure, elle décrypte la création et la gestion d’entreprise pour les dirigeants de TPE et PME.