La SCM (société civile de moyens) est une société civile réservée aux professionnels libéraux dont l’objet exclusif est de mettre en commun les moyens utiles à l’exercice de leur profession : locaux, secrétariat, matériel, personnel. Elle n’exerce aucune profession en propre et ne génère aucun bénéfice à partager. Chaque associé conserve sa clientèle, ses honoraires et son indépendance. C’est un outil de partage des charges, pas d’exercice en commun.
- Objet unique : mutualiser des moyens (local, personnel, matériel), jamais exercer ou facturer ensemble.
- 2 associés au minimum, sans maximum ; personnes physiques ou morales (une SCP ou une SEL peut être associée).
- Aucun capital minimum : le capital est fixé librement, à partir de 1 €.
- Régime fiscal de la société de personnes : transparence, imposition des associés à l’impôt sur le revenu (BNC), pas d’IS.
- Responsabilité indéfinie et conjointe : pas de protection du patrimoine personnel, mais pas de solidarité entre associés.
Qu’est-ce qu’une SCM (société civile de moyens) ?
La SCM a pour objet exclusif la mise en commun des moyens utiles à l’exercice de la profession de ses membres, sans exercer elle-même cette profession (source : service-public.gouv.fr, fiche F38429). Elle met des moyens matériels et humains à la disposition de ses associés et n’a aucune activité propre. Son but est de réduire les frais de chacun : un même local, un même secrétariat ou un même équipement coûte moins cher partagé entre plusieurs praticiens.
La SCM ne crée pas de clientèle commune et ne réalise aucun bénéfice à répartir. Elle facture à chaque associé sa quote-part des dépenses engagées, rien de plus. C’est ce qui la distingue d’une société d’exercice : elle organise des coûts, pas une activité.
Le cadre légal repose sur les articles 1845 à 1870-1 du Code civil régissant les sociétés civiles, complétés par l’ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 réformant l’exercice en société des professions libérales réglementées. C’est une société civile à part entière, soumise aux règles communes des sociétés de personnes.
Pour un dirigeant qui découvre les formes juridiques, la SCM est l’une des options à connaître quand on cherche à structurer son activité ; nos repères pour piloter son entreprise replacent ce choix dans une démarche plus large.
Qui peut créer une SCM ?
La SCM est réservée aux professionnels libéraux, réglementés ou non : médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, sages-femmes, avocats, architectes, vétérinaires, experts-comptables, notaires. Des professions différentes peuvent s’associer dès lors que l’objectif reste la mutualisation de moyens : un cabinet médical peut ainsi regrouper médecin, kinésithérapeute et infirmier.
Une SCM se constitue avec 2 associés au minimum, sans maximum, et ses associés peuvent être des personnes physiques ou des personnes morales (source : service-public.gouv.fr, fiche F38429). Une SCP ou une SEL déjà constituée peut donc elle-même être associée d’une SCM. C’est une différence nette avec la SCP, qui n’admet que des personnes physiques.
Le principe d’indépendance est absolu. Chaque associé garde sa propre patientèle ou clientèle, encaisse ses propres honoraires et reste responsable de ses actes professionnels. La SCM n’a aucun droit de regard sur l’exercice de chacun. Pour le chef d’entreprise libéral, c’est précisément cette préservation de l’indépendance qui fait l’intérêt de la formule.
Quel capital et quelle responsabilité dans une SCM ?
Aucun capital social minimum n’est exigé : il est fixé librement, à partir de 1 € (source : service-public.gouv.fr, fiche F38429). Les apports peuvent être réalisés en numéraire (argent) ou en nature (matériel, mobilier, immeuble). L’apport en industrie (savoir-faire, travail) se concilie mal avec l’objet de la SCM, qui n’exerce aucune activité.
Les associés d’une SCM répondent des dettes sociales conjointement et indéfiniment, sur l’ensemble de leur patrimoine personnel, à hauteur de leur part dans la société (source : service-public.gouv.fr, fiche F38429). La responsabilité est indéfinie mais non solidaire : un créancier ne peut pas réclamer la totalité de la dette à un seul associé, contrairement à la SCP où la solidarité joue. La SCM n’offre donc aucune protection du patrimoine privé. C’est un point décisif souvent négligé : elle ne sert pas à se protéger des risques, seulement à partager des frais.
La gérance est libre : un ou plusieurs gérants, associés ou non, désignés par les statuts, dont l’organisation est définie librement. Les décisions importantes se prennent en assemblée générale.
La responsabilité indéfinie de la SCM porte sur les dettes de fonctionnement de la structure (loyer, salaire de la secrétaire, fournisseurs), pas sur la responsabilité professionnelle de chaque praticien, qui reste strictement individuelle et couverte par sa propre assurance.
Comment fonctionne la fiscalité d’une SCM ?
La SCM relève du régime des sociétés de personnes, dit régime de transparence (ou translucidité) fiscale. Elle ne paie pas l’impôt sur ses résultats : elle détermine le résultat, puis le transmet aux associés, imposés chacun pour leur quote-part dans la catégorie de leurs revenus (bénéfices non commerciaux pour la plupart des libéraux).
La SCM dépose chaque année une déclaration de résultats n° 2036-SD et ne peut pas opter pour l’impôt sur les sociétés, sauf opérations réalisées avec des tiers non associés (source : service-public.gouv.fr, fiche F38429). Chaque associé reporte ensuite sa part sur sa déclaration n° 2035-SD au titre des bénéfices non commerciaux.
Côté TVA, la SCM est en principe redevable au taux normal de 20 %. Une exonération est possible si trois conditions sont réunies cumulativement : les services sont rendus aux seuls associés, l’activité des associés est elle-même exonérée (médical ou paramédical), et les sommes réclamées correspondent exactement à la part de chaque associé dans les charges communes.
Le gérant relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), qu’il soit associé ou non, sauf s’il existe un lien de subordination le rattachant au régime général.
CFE : le piège de la double imposition
Point méconnu et rarement vulgarisé : la cotisation foncière des entreprises (CFE) frappe deux fois dans une SCM. La SCM est redevable de la CFE en son nom propre pour les locaux non privatifs (parties communes), tandis que chaque associé l’est séparément pour ses locaux à usage exclusif. Cette double imposition est un coût récurrent que la plupart des fiches concurrentes passent sous silence. Elle doit être anticipée dès la signature du bail et la répartition des espaces.
Combien coûte la création d’une SCM ?
Le coût de création d’une SCM est modéré et tient surtout aux frais de greffe et à l’annonce légale obligatoire. La mutualisation vise ensuite à réduire les charges récurrentes de chaque associé.
Les frais de greffe d’immatriculation s’élèvent à 33,83 € pour l’inscription au registre, auxquels s’ajoutent 19,33 € pour la déclaration des bénéficiaires effectifs, soit 53,16 € au total (source : service-public.gouv.fr, fiche F37688, tarif national 2026). À ces frais fixes s’ajoute l’annonce légale, dont le tarif varie selon le département et constitue le poste le plus lourd. En pratique, le coût de création complet d’une SCM se situe couramment autour de 200 à 300 €, hors honoraires de rédaction des statuts.
| Poste de coût | Type | Montant indicatif 2026 |
|---|---|---|
| Frais de greffe (immatriculation) | Création (unique) | 33,83 € (tarif national) |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | Création (unique) | 19,33 € (tarif national) |
| Annonce légale | Création (unique) | Variable selon le département (poste le plus lourd) |
| Rédaction des statuts | Création (optionnel) | Gratuit en autonomie, payant via avocat ou legaltech |
| Comptabilité et déclaration 2036 | Récurrent (annuel) | Selon l’expert-comptable retenu |
| CFE de la SCM (locaux communs) | Récurrent (annuel) | Variable selon la commune |
L’immatriculation s’effectue depuis le 1er janvier 2023 via le guichet unique de l’INPI, qui a remplacé les anciens centres de formalités des entreprises. La SCM obtient alors son numéro d’immatriculation et son extrait d’immatriculation.
Comment se répartissent les charges entre 3 médecins en SCM ?
Trois médecins généralistes créent une SCM pour partager un cabinet. Les charges communes annuelles s’élèvent à 90 000 € : loyer (36 000 €), salaire d’une secrétaire (39 000 €), matériel et consommables (15 000 €).
Avec des quotes-parts égales (un tiers chacun), la SCM facture 30 000 € par an à chaque associé. Ce montant constitue une charge déductible du BNC de chaque médecin, reportée sur sa déclaration n° 2035-SD individuelle. La SCM, elle, ne dégage aucun bénéfice : elle a simplement collecté 90 000 € de cotisations pour couvrir 90 000 € de dépenses.
Sans SCM, chaque médecin aurait dû louer, équiper et employer seul, pour un coût bien supérieur à 30 000 €. La logique de la SCM tient entièrement dans cet écart : elle ne fait pas gagner d’argent, elle en fait économiser. Cet exemple chiffré est illustratif et ne préjuge d’aucune situation réelle.
SCM ou SCP : laquelle choisir ?
La SCM et la SCP répondent à des besoins opposés, malgré des noms proches. La SCM mutualise des moyens sans exercice commun, tandis que la société civile professionnelle (SCP) organise l’exercice en commun d’une même profession libérale réglementée, avec mise en commun des honoraires (source : service-public.gouv.fr, fiche F38404). La SCP n’admet que des personnes physiques de la même profession et engage ses associés indéfiniment, la société étant solidairement responsable de leurs actes. Le tableau ci-dessous oppose la SCM aux trois alternatives les plus fréquentes pour un libéral.
| Critère | SCM | SCP | SEL | Exercice individuel |
|---|---|---|---|---|
| Objet | Mutualiser des moyens | Exercer ensemble | Exercer en société de capitaux | Exercer seul |
| Clientèle | Propre à chaque associé | Commune | Détenue par la société | Propre |
| Partage des bénéfices | Aucun (pas de bénéfice) | Oui | Oui (dividendes possibles) | Sans objet |
| Responsabilité | Indéfinie et conjointe | Indéfinie (société solidaire des actes) | Limitée aux apports | Selon le statut choisi |
| Fiscalité | Transparence (BNC) | IR, option IS possible | IS en principe | IR (BNC) |
| Associés | Personnes physiques ou morales | Personnes physiques de la même profession | Professions libérales réglementées | Tout libéral |
| Protection du patrimoine | Non | Non | Oui | Selon le statut |
Le choix se résume à une question : voulez-vous seulement partager des frais, ou exercer véritablement ensemble ? Si l’objectif est de partager des locaux tout en restant indépendant, la SCM suffit. Si l’objectif est de mettre en commun la clientèle et les revenus, il faut une SCP ou une SEL. Cet arbitrage de structure est l’un des choix fondateurs d’une stratégie d’entreprise libérale durable.
Confondre SCM et SCP est l’erreur la plus fréquente. Choisir la SCP quand on veut seulement partager un local revient à mettre en commun sa clientèle sans le vouloir ; choisir la SCM quand on veut réellement exercer ensemble laisse chacun isolé. Le critère de départage est simple : partage-t-on des frais, ou partage-t-on des revenus ?
Quels sont les inconvénients d’une SCM, et quand l’éviter ?
Les avantages de la SCM sont réels : liberté statutaire, indépendance totale des associés, absence de capital minimum, coûts de création réduits, économies d’échelle sur les charges. Mais ses limites sont tout aussi concrètes et souvent passées sous silence.
La SCM ne protège pas le patrimoine personnel. Elle ne crée aucune clientèle commune : inutile si l’objectif est d’exercer réellement ensemble. Elle interdit toute activité commerciale. Elle subit la double imposition à la CFE. Enfin, la SCM ne peut pas signer le bail professionnel : ce sont les associés qui signent en leur nom propre, ce qui complique la gestion locative et la sortie d’un associé.
Concrètement, mieux vaut éviter la SCM dans trois cas : si vous cherchez à protéger votre patrimoine (préférez une société de capitaux comme la SARL ou la SAS), si vous voulez exercer et facturer ensemble (préférez une SCP ou une SEL), ou si votre activité comporte une dimension commerciale. La SCM organise aussi des services concrets pour le cabinet : du planning de la PME aux contrats avec les prestataires extérieurs comme une entreprise de plomberie pour l’entretien des locaux, ou la fourniture d’équipements partagés tels qu’une fontaine à eau en salle d’attente.
Comment sortir d’une SCM : cession, retrait, dissolution ?
La vie longue de la SCM est rarement documentée, alors qu’elle conditionne sa souplesse réelle. Un associé peut céder ses parts, se retirer ou être exclu selon les modalités prévues par les statuts, qui priment ici sur le silence du Code civil.
La cession de parts d’une SCM est soumise aux droits d’enregistrement au taux de 3 %, après application d’un abattement éventuel (source : Bpifrance Création, 2026). En cas de décès d’un associé, les statuts déterminent si les parts sont transmises aux héritiers ou rachetées par les autres associés. La dissolution intervient à l’arrivée du terme, par décision collective ou si le nombre d’associés tombe sous le minimum de deux.
Rédiger des statuts précis sur ces points (agrément du cessionnaire, sort des parts au décès, conditions de retrait) est la meilleure protection contre les blocages futurs. Anticiper ces clauses fait partie d’une politique RSE bien comprise, qui inclut la gouvernance et la transmission sereine du cabinet.
FAQ : société civile de moyens
Une SCM peut-elle facturer des clients ?
Non. La SCM ne facture que ses propres associés, au titre de leur quote-part des charges communes. Elle n’a aucune clientèle et ne réalise aucune prestation à des tiers, sauf cas particulier déclenchant l’option à l’impôt sur les sociétés.
Une SCM doit-elle payer la TVA ?
En principe oui, au taux de 20 %. Une exonération s’applique si les services sont rendus aux seuls associés, que leur activité est exonérée (médical ou paramédical) et que les sommes correspondent exactement à leur part dans les charges.
Combien d’associés minimum pour une SCM ?
Deux associés au minimum, sans maximum. Ils peuvent être des personnes physiques ou des personnes morales (SCP, SEL).
La SCM protège-t-elle le patrimoine personnel ?
Non. La responsabilité des associés est indéfinie et conjointe : ils répondent des dettes sociales sur leur patrimoine personnel, à hauteur de leur part, mais sans solidarité entre eux.
Quelle déclaration fiscale pour une SCM ?
La SCM dépose une déclaration de résultats n° 2036-SD. Chaque associé reporte ensuite sa quote-part sur sa déclaration personnelle n° 2035-SD (BNC).
Quand préférer une SCP à une SCM ?
Lorsque les associés veulent exercer en commun et partager honoraires et clientèle, et non simplement mutualiser des locaux et du matériel.






