L’entreprise individuelle (EI) et la micro-entreprise ne sont pas deux statuts concurrents : la micro-entreprise est un régime fiscal et social simplifié de l’entreprise individuelle, pas une forme juridique distincte. Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, toute micro-entreprise est juridiquement une EI exercée en nom propre. La vraie question n’est donc pas « EI ou micro », mais « régime micro ou régime réel ». Règle courte, valable en 2026 : restez au micro tant que vos charges réelles sont inférieures à l’abattement forfaitaire (34 % en BNC, 50 % en services BIC, 71 % en vente) ; basculez au réel au-delà.
Ce comparatif lève un malentendu répandu, chiffre le seuil de bascule que la plupart des guides évitent de poser, et illustre la décision sur trois profils concrets. Les seuils, taux et plafonds repris ci-dessous sont ceux applicables en 2026.
- La micro-entreprise est un régime simplifié de l’EI, jamais un statut juridique à part (source Service-Public Entreprendre, F37398).
- Choisir « micro » ou « EI au réel », c’est choisir un mode d’imposition du bénéfice et de calcul des cotisations, à l’intérieur d’une même enveloppe juridique.
- Plafonds micro 2026 : 203 100 € en vente, 83 600 € en services et BNC.
- Le réel devient plus avantageux dès que vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire du micro.
- Au micro, pas de CA encaissé signifie zéro cotisation, mais aussi zéro trimestre de retraite validé.
EI et micro-entreprise, est-ce le même statut juridique ?
Oui. La micro-entreprise n’est pas un statut juridique distinct : c’est un régime simplifié, fiscal et social, qu’adopte une entreprise individuelle. Juridiquement, un micro-entrepreneur exerce en entreprise individuelle, en nom propre, sans personnalité morale (Service-Public Entreprendre, fiche F37398). La confusion vient du vocabulaire : « auto-entrepreneur », terme abandonné en 2016 au profit de « micro-entrepreneur », a longtemps été perçu comme un statut autonome.
La réforme du statut unique de l’entrepreneur individuel a clarifié ce point. Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, il n’existe plus qu’une seule forme d’EI, qui bénéficie d’une séparation automatique entre le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel. Le micro-entrepreneur hérite de cette protection sans démarche particulière, puisqu’il est une EI.
Concrètement, choisir entre « EI » et « micro » revient à choisir un régime d’imposition du bénéfice et un mode de calcul des cotisations sociales, à l’intérieur d’une même enveloppe juridique. C’est cette mécanique que compare le reste de cette page. Pour la forme juridique elle-même et ses règles communes, consultez la fiche dédiée à l’entreprise individuelle.
Bpifrance Création le formule sans détour : « Il n’y a pas de différence au niveau de la forme juridique, dans les deux cas il s’agit d’une entreprise individuelle. » La seule chose qui change, c’est le régime appliqué à cette EI.
Tableau comparatif : régime micro vs régime réel en 2026
Le tableau ci-dessous oppose les deux régimes d’une même entreprise individuelle. Il ne compare pas deux statuts, mais deux façons d’imposer et de faire cotiser la même structure. Les valeurs sont celles applicables en 2026 (sources Service-Public Entreprendre et URSSAF).
| Critère | Micro-entreprise | EI au régime réel |
|---|---|---|
| Nature | Régime simplifié de l’EI | Régime de droit commun de l’EI |
| Personnalité juridique | Aucune (exercice en nom propre) | Aucune (exercice en nom propre) |
| Plafond de CA (vente / hébergement) | 203 100 € | Aucun plafond |
| Plafond de CA (services et BNC) | 83 600 € | Aucun plafond |
| Calcul du bénéfice imposable | CA moins abattement forfaitaire (71 % / 50 % / 34 %) | Bénéfice réel (CA moins charges réelles) |
| Déduction des charges réelles | Impossible | Possible (achats, loyer, matériel, amortissements) |
| Cotisations sociales | % du CA encaissé : 12,3 % / 21,2 % / 25,6 % / 23,2 % | Environ 45 % du bénéfice |
| Comptabilité | Livre des recettes + registre des achats | Comptabilité complète (bilan, compte de résultat) |
| TVA | Franchise en base sous seuils, puis facturation au-delà | TVA facturée et déductible sur les achats |
| Option pour l’impôt sur les sociétés (IS) | Impossible | Possible depuis le 15 mai 2022 |
| Versement forfaitaire libératoire de l’IR | Possible (sous condition de revenu fiscal de référence) | Impossible |
| Validation des trimestres de retraite | Conditionnée à un CA minimal | Automatique dès un bénéfice suffisant |
Source des seuils et taux : Service-Public Entreprendre et URSSAF, valeurs 2026.
Micro ou réel : à partir de quand le réel devient-il plus avantageux ?
Le régime réel devient plus avantageux dès que vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire du micro. Cet abattement est de 71 % du CA en vente de marchandises, 50 % en prestations de services BIC, et 34 % en activités libérales (BNC). En dessous de ce seuil, le micro vous fait payer l’impôt sur une base plus élevée que votre bénéfice réel ; au-dessus, le réel réduit votre base imposable.
La règle de bascule s’énonce simplement : un consultant (BNC) dont les charges réelles dépassent 34 % de son CA a intérêt au réel ; un prestataire de services BIC bascule au-delà de 50 % ; un commerçant au-delà de 71 %. Tant que vos dépenses restent en dessous, l’abattement forfaitaire du micro est plus généreux que vos charges réelles, donc fiscalement plus favorable.
Exemple chiffré. Un consultant en BNC réalise 60 000 € de CA. Au micro, l’abattement de 34 % ramène son bénéfice imposable à 39 600 €. S’il engage en réalité 25 000 € de charges (sous-traitance, logiciels, déplacements), son bénéfice réel n’est que de 35 000 € : au réel, il est imposé sur cette base après déduction de l’intégralité de ses charges. Ses 25 000 € de charges dépassant l’abattement de 20 400 € (34 % de 60 000 €), le réel reprend ici l’avantage fiscal. À l’inverse, avec seulement 5 000 € de charges, le micro resterait imbattable.
Le micro n’est pas le régime des indépendants, c’est le régime des indépendants peu chargés. Le jour où vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire, vous payez de l’impôt sur de l’argent que vous n’avez jamais gagné.
Combien de cotisations sociales paie-t-on dans chaque régime ?
Au micro, les cotisations sociales sont un pourcentage fixe du chiffre d’affaires encaissé : sans encaissement, aucune cotisation n’est due. Au réel, elles représentent environ 45 % du bénéfice net. La différence d’assiette est décisive : le micro cotise sur l’encaissé, le réel sur le bénéfice après charges.
Taux de cotisations sociales du micro par activité en 2026 (URSSAF) : 12,3 % pour la vente de marchandises et l’hébergement, 21,2 % pour les prestations de services BIC, 25,6 % pour les professions libérales hors CIPAV (BNC), et 23,2 % pour les libéraux affiliés à la CIPAV. Le taux BNC hors CIPAV a été relevé de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026.
Au régime réel, l’entrepreneur individuel relève des travailleurs non salariés (TNS). Ses cotisations sont calculées sur le revenu professionnel net, soit environ 45 % du bénéfice, selon un barème progressif plus léger sur les faibles revenus.
Point souvent ignoré : au micro, l’absence de CA signifie zéro cotisation, mais aussi zéro validation de trimestre de retraite. Au réel, un bénéfice suffisant valide les trimestres automatiquement. Le micro peut donc coûter cher à la retraite pour qui plafonne durablement à de faibles revenus.
Quels plafonds de CA et que se passe-t-il en cas de dépassement ?
Les plafonds de chiffre d’affaires du régime micro pour 2026 sont de 203 100 € HT pour la vente de marchandises, de denrées et l’hébergement, et de 83 600 € HT pour les prestations de services et les activités libérales (Service-Public Entreprendre, fiche F23267, revalorisation au 1er janvier 2026). Au-delà durable de ces seuils, le régime micro est perdu et l’EI bascule au réel.
Ces montants ont été revalorisés au 1er janvier 2026 : le plafond vente passe de 188 700 € à 203 100 €, le plafond services et BNC de 77 700 € à 83 600 €. De nombreux guides concurrents affichent encore des chiffres périmés (170 000 €, 188 700 €, 77 700 €) issus de mises à jour 2024-2025 : vérifiez toujours le millésime de la source.
Le dépassement n’est pas immédiatement sanctionné. La sortie du régime micro intervient après deux années civiles consécutives de dépassement : franchir le plafond une seule année ne fait pas perdre le micro. En cas de dépassement durable, l’entreprise bascule au régime réel l’année suivante.
En activité mixte (vente + services), le total ne doit pas dépasser 203 100 €, dont 83 600 € maximum pour la part services. Si vous cherchez à démarrer sans frais sous ce régime, voyez la fiche création de micro-entreprise gratuite.
Quel rôle joue la TVA dans le choix du régime ?
La franchise en base de TVA est indépendante du choix micro ou réel, mais elle pèse sur la décision. En 2026, la franchise s’applique sous 85 000 € de CA pour la vente et l’hébergement et sous 37 500 € pour les prestations de services (Service-Public Entreprendre, F21746). Sous ces seuils, vous ne facturez pas la TVA, mais vous ne la déduisez pas non plus sur vos achats.
C’est un point que l’enveloppe juridique unique de l’EI rend lisible : la franchise dispense de TVA tant que le CA reste bas, quel que soit le régime d’imposition du bénéfice. Au-delà des seuils de franchise, la TVA devient applicable et déductible, y compris pour un micro-entrepreneur. Une activité avec beaucoup d’achats taxés a donc intérêt à pouvoir récupérer la TVA, ce qui rapproche du réel.
Comment passer du micro au réel (et inversement) ?
Le passage du micro au réel se fait de deux façons : automatiquement en cas de dépassement durable des plafonds, ou volontairement par option. Le retour vers le micro suppose de renoncer à cette option dans les délais et de rester sous les plafonds. L’option pour le réel se formule auprès de l’administration fiscale et se reconduit ensuite par tacite reconduction.
Le piège que peu de guides documentent : l’option volontaire pour le régime réel se reconduit tacitement. Tant que vous ne la dénoncez pas dans les conditions et délais prévus, vous restez au réel, avec sa comptabilité complète. Les modalités exactes de renonciation et la date limite applicable étant sources d’erreurs coûteuses, confirmez-les pour votre situation précise auprès du service des impôts des entreprises avant de basculer.
Quand l’EI au réel ne suffit plus, l’étape suivante est la société. Le passage en EURL ou en SASU permet de séparer plus nettement les patrimoines, d’accueillir des associés et d’opter durablement pour l’IS. Pour une vision d’ensemble des formes unipersonnelles, comparez aussi la SARL unipersonnelle et la SASU.
Quel régime choisir selon mon profil ? Trois cas chiffrés
Le bon régime dépend de trois variables : le niveau de charges réelles, le chiffre d’affaires et l’activité (BIC ou BNC). Les trois profils ci-dessous illustrent la décision sur la même enveloppe juridique, l’EI.
- Freelance à 30 000 € de CA, sans charges (BNC). L’abattement micro de 34 % ramène la base imposable à 19 800 €. Avec des charges quasi nulles, le micro écrase le réel : il n’y a presque rien à déduire, et la simplicité comptable est un gain net. Verdict : micro.
- Artisan à 60 000 € de CA avec 25 000 € de charges (BIC services). L’abattement micro de 50 % donne une base de 30 000 €, alors que le bénéfice réel n’est que de 35 000 € après déduction. Mais comme ses charges (matériel, matières, déplacements) approchent l’abattement et qu’il peut récupérer la TVA sur ses achats, le réel devient pertinent dès que ses dépenses dépassent durablement 30 000 €. Verdict : réel à surveiller.
- Consultant à 90 000 € de CA (BNC). Le CA dépasse le plafond micro de 83 600 € : le maintien au micro n’est possible qu’à titre transitoire, le temps des deux années civiles de tolérance. Au-delà, bascule obligatoire au réel. Pour une activité en croissance, anticiper le réel, voire la société, évite la rupture brutale. Verdict : réel, et préparer le passage en société.
La logique générale : micro pour démarrer léger et peu chargé, réel dès que les charges montent ou que le CA approche le plafond. Si votre projet n’est pas encore arrêté, posez d’abord les bases en explorant comment trouver une idée d’entreprise viable.
FAQ : entreprise individuelle et micro-entreprise
La micro-entreprise est-elle un statut juridique ?
Non. C’est un régime fiscal et social simplifié applicable à une entreprise individuelle. Juridiquement, un micro-entrepreneur est un entrepreneur individuel qui exerce en nom propre, sans personnalité morale. Depuis la loi du 14 février 2022, il bénéficie de la séparation automatique des patrimoines professionnel et personnel comme toute EI.
Peut-on être micro-entrepreneur et salarié en même temps ?
Oui. Le cumul d’un emploi salarié et d’une micro-entreprise est autorisé, sous réserve de loyauté envers l’employeur et d’absence de clause d’exclusivité dans le contrat de travail. Les revenus des deux activités sont cumulés pour le calcul de l’impôt sur le revenu.
Un micro-entrepreneur peut-il embaucher des salariés ?
Oui, rien ne l’interdit juridiquement. En pratique, c’est rare : les charges de personnel ne sont pas déductibles au micro, puisque l’abattement est forfaitaire, ce qui rend l’embauche peu rentable. Un projet avec salariés justifie souvent le passage au réel ou en société.
La micro-entreprise est-elle adaptée à toutes les activités ?
Non. Certaines activités sont exclues du régime micro : activités agricoles relevant de la MSA, opérations soumises à la TVA immobilière, certaines professions libérales réglementées hors CIPAV, et activités d’artistes-auteurs. Vérifiez l’éligibilité de votre activité avant de choisir.
Le régime micro permet-il de récupérer la TVA ?
Non, tant que l’on bénéficie de la franchise en base. La franchise dispense de facturer la TVA mais interdit de la déduire sur les achats. En 2026, la franchise s’applique sous 85 000 € de CA pour la vente et l’hébergement et sous 37 500 € pour les prestations de services. Au-delà de ces seuils, la TVA s’applique et devient déductible, y compris au micro.
Faut-il refaire des démarches pour passer du micro au réel ?
Non, il n’y a pas de changement de forme juridique : vous restez la même entreprise individuelle. Le passage se fait par option auprès de l’administration fiscale, ou automatiquement après deux années civiles de dépassement des plafonds. Seules vos obligations comptables et votre mode de calcul des cotisations changent.
En résumé
L’arbitrage « entreprise individuelle ou micro-entreprise » est mal posé : il s’agit d’un seul statut, l’EI, et de deux régimes, micro ou réel. Le micro reste imbattable pour démarrer avec peu de charges et un CA modéré, grâce à sa simplicité et à son abattement forfaitaire. Le réel s’impose dès que les charges réelles dépassent cet abattement (34 % en BNC, 50 % en BIC services, 71 % en vente) ou que le CA approche les plafonds 2026 (203 100 € ou 83 600 €). Calculez votre point de bascule avant de choisir : c’est le seul critère qui ne ment pas. Et si le réel lui-même atteint ses limites, l’étape d’après est la société, EURL ou SASU.






