Une société civile est une société à objet non commercial, régie par les articles 1845 à 1870-1 du Code civil, qui réunit au minimum 2 associés sans capital social minimum. Elle sert à gérer un patrimoine immobilier, à exercer une profession libérale en commun, à mutualiser des moyens ou à conduire une activité agricole. La famille des sociétés civiles regroupe la SCI, la SCP, la SCM, la SCCV, la SCEA, la SEL et la SCPI. Elle figure parmi les familles de structures les plus répandues en France, surtout pour détenir et transmettre un patrimoine. Ce guide en présente la définition, le panorama des formes, les différences avec une société commerciale, la création, le fonctionnement, la fiscalité et les avantages réels, avec un renvoi vers chaque fiche dédiée.
- Objet civil, non commercial, régi par les articles 1845 à 1870-1 du Code civil.
- Au moins 2 associés et aucun capital minimum exigé.
- Responsabilité indéfinie, proportionnelle aux parts, mais NON solidaire (article 1857 du Code civil).
- Impôt sur le revenu par défaut, option possible pour l’impôt sur les sociétés.
- Sept formes principales : SCI, SCP, SCM, SCCV, SCEA, SEL, SCPI.
Qu’est-ce qu’une société civile ?
Une société civile est une personne morale immatriculée dont l’objet est civil, c’est-à-dire non commercial. L’article 1845 du Code civil pose la règle par défaut : est civile toute société à laquelle la loi n’attribue pas un autre caractère en raison de sa forme, de sa nature ou de son objet. Dès lors que l’activité n’est pas un acte de commerce, la structure relève du droit civil.
La société civile dispose de la personnalité morale à compter de son immatriculation au Registre national des entreprises (RNE). Elle possède un patrimoine propre, un nom, un siège social et une capacité à contracter, distincts de ceux de ses associés. C’est une société de personnes, où l’intuitu personae, la considération de la personne des associés, reste déterminant. Pour saisir cette logique commune à plusieurs structures, voyez notre fiche sur la société de personnes.
Le cadre légal repose sur les articles 1845 à 1870-1 du Code civil et sur le décret n° 78-704 du 3 juillet 1978. La société civile n’est pas une enveloppe fiscale miracle : c’est un outil de droit civil dont la force tient à la souplesse statutaire et à la facilité de transmission, pas à la protection du patrimoine personnel. Cette distinction conditionne tout le reste de l’analyse. Avant de la retenir, clarifiez d’abord ce qu’implique le choix d’un statut juridique.
Quels sont les différents types de sociétés civiles ?
Il existe sept grandes formes de sociétés civiles, chacune attachée à un usage précis : SCI, SCP, SCM, SCCV, SCEA, SEL et SCPI. Le choix dépend de l’activité visée. Une société civile immobilière gère un patrimoine immobilier locatif ou familial. Une société civile professionnelle réunit des libéraux d’une même profession. Une société civile de moyens mutualise des locaux et du matériel sans exercice commun. Bpifrance Création confirme cette répartition par objet.
Le tableau suivant synthétise ces formes pour orienter le choix, là où la plupart des pages concurrentes se limitent à une liste à puces.
| Forme | Objet principal | Qui l’utilise | Fiscalité par défaut |
|---|---|---|---|
| SCI (société civile immobilière) | Détenir et gérer un bien immobilier | Investisseurs, familles, associés patrimoniaux | IR (revenus fonciers), option IS possible |
| SCP (société civile professionnelle) | Exercice en commun d’une profession libérale réglementée | Avocats, notaires, médecins, vétérinaires | IR (BNC) au nom de chaque associé |
| SCM (société civile de moyens) | Mutualiser locaux et matériel sans exercice commun | Professionnels libéraux partageant des charges | Transparente, pas de bénéfice commun |
| SCCV (société civile de construction-vente) | Construire un immeuble pour le revendre | Promoteurs, marchands de biens | IR avec quote-part imposée chez l’associé |
| SCEA (société civile d’exploitation agricole) | Exploiter un domaine agricole | Agriculteurs, groupements familiaux | IR (bénéfices agricoles), option IS possible |
| SEL (société d’exercice libéral) | Exercer une profession libérale sous forme de capitaux | Professionnels réglementés (Selarl, Selas) | IS par défaut |
| SCPI (société civile de placement immobilier) | Collecter de l’épargne pour investir en immobilier | Épargnants, « pierre-papier » | Transparente, revenus fonciers chez le porteur |
La SCI se décline elle-même en sous-types : familiale, de location, d’attribution ou de jouissance à temps partagé. Quand le projet immobilier vise la famille, l’arbitrage classique oppose la SCI à la SARL de famille, deux logiques fiscales et successorales distinctes. Le bon réflexe consiste à partir de l’activité réelle, puis à remonter vers la forme qui lui correspond : une société civile de moyens, par exemple, répond à un besoin tout autre que la SCI, partager des coûts sans partager les honoraires.
Quelle différence entre société civile et société commerciale ?
La société civile a un objet non commercial et relève du Code civil, tandis que la société commerciale a un objet commercial et relève du Code de commerce. Cette ligne de partage emporte des conséquences sur la responsabilité, la fiscalité et la finalité de la structure. La comparaison la plus utile se lit dans le tableau ci-dessous.
| Critère | Société civile | Société commerciale |
|---|---|---|
| Cadre juridique | Code civil (art. 1845 et suivants) | Code de commerce |
| Objet | Civil (immobilier, libéral, agricole) | Commercial (achat-revente, production, services marchands) |
| Responsabilité des associés | Indéfinie, conjointe, non solidaire, à proportion de la part | Limitée aux apports (SARL, SAS) |
| Fiscalité par défaut | Impôt sur le revenu (transparence) | Impôt sur les sociétés |
| Capital minimum | Aucun | 1 € minimum (SARL, SAS, EURL, SASU) |
| Finalité | Gestion patrimoniale, exercice civil | Réalisation de bénéfices commerciaux |
Le contraste de responsabilité est le piège le plus fréquent. Dans une société commerciale comme la société par actions simplifiée, l’associé ne risque que son apport. Dans une société civile, il engage son patrimoine personnel au-delà du capital apporté. Le créateur qui hésite entre les deux familles raisonne donc d’abord en termes d’objet et de risque, avant la fiscalité.
Une société civile ne protège pas le patrimoine personnel : ce n’est pas une SARL ni une SAS. Sa valeur tient à la souplesse des statuts et à la transmission des parts, pas à une limitation du risque aux apports.
Quelle est la responsabilité des associés dans une société civile ?
Dans une société civile de droit commun, la responsabilité des associés est indéfinie, conjointe et NON solidaire, à proportion de leur part dans le capital (article 1857 du Code civil). C’est le point de droit le plus souvent mal écrit : la responsabilité n’est pas « solidaire ». La nuance est décisive, car un créancier ne peut pas réclamer la totalité de la dette à un seul associé. Le texte précise que les associés répondent « indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social ».
Concrètement, un associé détenant 30 % du capital répond de 30 % des dettes sociales sur son patrimoine personnel, et non de l’intégralité. La solidarité, qui permettrait au créancier de poursuivre un seul associé pour le tout, n’existe pas ici, contrairement à la société en nom collectif (SNC). Le créancier doit en outre poursuivre d’abord la société avant de se retourner contre les associés, conformément à l’article 1858 du Code civil.
Attention donc à l’erreur de vocabulaire répandue : « indéfinie » ne signifie pas « solidaire ». Cette précision, sourcée à l’article 1857 du Code civil sur Légifrance, distingue une analyse juste d’une copie approximative. C’est aussi le principal inconvénient de la forme civile, à mettre en balance avec ses atouts patrimoniaux.
Comment créer une société civile ?
Créer une société civile suppose six étapes : rédiger les statuts, déposer le capital, publier une annonce légale, constituer le dossier, déposer la demande au Guichet unique et obtenir l’immatriculation. Depuis 2023, toutes les formalités de création passent par le Guichet unique en ligne de l’INPI, qui a remplacé les anciens centres de formalités des entreprises.
- Rédiger les statuts datés et signés par tous les associés (objet social, siège, durée jusqu’à 99 ans, gérance, répartition des parts).
- Déposer les apports en numéraire sur un compte, ou évaluer les apports en nature et en industrie.
- Publier une annonce légale de constitution dans un support habilité du département du siège.
- Constituer le dossier : formulaire de création de société civile, statuts, justificatif de siège, déclaration des bénéficiaires effectifs (DBE).
- Déposer la demande sur le Guichet unique de l’INPI.
- Obtenir l’immatriculation au RNE et au RCS, avec délivrance de l’extrait Kbis et du numéro SIREN.
Côté budget, le coût d’une création de société civile additionne des frais de greffe pour l’immatriculation, le coût de la déclaration des bénéficiaires effectifs et le prix de l’annonce légale, qui varie selon le département du siège. À ces postes obligatoires s’ajoutent, le cas échéant, les honoraires d’un avocat ou d’un notaire si vous déléguez la rédaction des statuts. Les tarifs réglementés de greffe et d’annonce légale étant révisés chaque année, vérifiez les montants en vigueur sur entreprendre.service-public.fr au moment de votre démarche. La création d’une entreprise en ligne via le Guichet unique reste la voie la plus directe pour piloter ces formalités.
Une société civile peut être constituée pour 99 ans au maximum à compter de son immatriculation (article 1838 du Code civil), durée prorogeable sans jamais dépasser à nouveau 99 ans.
Comment fonctionne une société civile au quotidien ?
Une société civile est dirigée par un ou plusieurs gérants, associés ou tiers, personnes physiques ou morales, dont les pouvoirs sont étendus sauf limitation prévue par les statuts. Le gérant représente la société dans tous les actes entrant dans l’objet social. Au-delà, ou pour les décisions importantes, l’accord des associés réunis en assemblée est requis.
Les décisions collectives se prennent en assemblée générale, selon des règles de quorum et de majorité librement fixées par les statuts. Cette liberté statutaire est l’un des atouts majeurs de la forme civile : elle permet d’organiser sur mesure la gouvernance, le partage des bénéfices et la transmission des parts.
Deux évolutions réglementaires récentes méritent l’attention en 2026. La dématérialisation gagne du terrain : la tenue des procès-verbaux d’assemblée et du registre des décisions peut désormais s’envisager sous forme électronique. Par ailleurs, des mesures de confidentialité permettent d’occulter l’adresse personnelle des associés dans certaines publications au registre. Ces réformes étant récentes et techniques, confirmez leur portée exacte auprès d’une source officielle avant de les appliquer à votre dossier.
Quel régime fiscal et social pour une société civile ?
Par défaut, la société civile est fiscalement transparente : elle relève de l’impôt sur le revenu, et chaque associé est imposé sur sa quote-part de bénéfice selon la catégorie correspondante (revenus fonciers, BNC, bénéfices agricoles). Bpifrance Création le confirme : pas d’imposition au niveau de la société, les bénéfices remontent à chaque associé. La société peut opter pour l’impôt sur les sociétés, option en principe irrévocable au-delà du délai légal de renonciation. Une activité commerciale exercée par une société civile entraîne un risque de requalification automatique à l’IS.
Côté social, le régime dépend du statut du gérant. Le gérant associé d’une société civile relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), affilié à la Sécurité sociale des indépendants ; le gérant non associé est en principe TNS également, sauf lien de subordination qui le rattacherait au régime général.
Sur la cession de parts, l’opération suppose l’agrément des autres associés et déclenche des droits d’enregistrement, dont le taux dépend notamment du caractère à prépondérance immobilière ou non de la société. La plus-value éventuelle est par ailleurs imposable. Le choix entre transparence à l’IR et option à l’IS est une décision structurante, à arbitrer en fonction du projet, du profil des associés et de leur fiscalité personnelle.
Quels sont les avantages et inconvénients d’une société civile ?
Les principaux avantages d’une société civile sont la souplesse statutaire, l’absence de capital minimum, la transparence fiscale et la facilité de transmission ; ses inconvénients tiennent à la responsabilité indéfinie des associés, à la lourdeur des décisions collectives et au risque de requalification. Les deux listes ci-dessous permettent de trancher en connaissance de cause.
Avantages :
- Aucun capital social minimum exigé, apports en numéraire, en nature ou en industrie possibles.
- Grande liberté de rédaction des statuts (gouvernance, répartition, transmission).
- Transparence fiscale à l’IR par défaut, intéressante pour le déficit foncier ou la transmission patrimoniale.
- Coût social du gérant TNS généralement plus faible que celui d’un dirigeant assimilé salarié.
Inconvénients :
- Responsabilité indéfinie sur le patrimoine personnel, même lorsqu’elle n’est pas solidaire.
- Décisions collectives parfois lourdes, nécessitant des assemblées et des majorités.
- Risque de requalification à l’IS en cas d’activité commerciale.
- Obligation d’au moins 2 associés, sauf exception de l’EARL agricole, qui admet un associé unique.
Le créateur qui privilégie au contraire la limitation du risque à ses apports comparera utilement la société civile aux statuts commerciaux unipersonnels comme l’EURL ou la SASU, voire à une entreprise individuelle lorsqu’il agit seul et sans projet patrimonial collectif.
SC ou SCI : quelle est la différence ?
« Société civile » est le terme générique de la catégorie, tandis que « SCI » désigne une forme précise : la société civile immobilière, dont l’objet est la détention et la gestion d’un bien immobilier. Toutes les SCI sont des sociétés civiles, mais toutes les sociétés civiles ne sont pas des SCI.
La confusion vient de la popularité de la SCI auprès du grand public. Pour un projet de location immobilière ou de transmission d’un bien en famille, la SCI est la forme indiquée. Pour exercer une profession libérale en commun, ce sera une SCP ou une SEL ; pour mutualiser des moyens, une SCM ; pour construire afin de revendre, une SCCV. Le bon réflexe consiste à partir de l’activité réelle, puis à remonter vers la forme qui lui correspond.
FAQ
Combien faut-il d’associés au minimum pour une société civile ?
Il faut au minimum 2 associés, personnes physiques ou morales. L’exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) constitue l’exception, puisqu’elle peut être constituée par un associé unique.
Une société civile a-t-elle un capital social minimum ?
Non, aucun capital social minimum n’est imposé. Les apports peuvent être réalisés en numéraire, en nature ou en industrie, et le montant du capital est fixé librement dans les statuts.
Combien coûte la création d’une société civile ?
Le budget réunit les frais de greffe d’immatriculation, le coût de la déclaration des bénéficiaires effectifs et le prix de l’annonce légale, variable selon le département. À cela s’ajoutent d’éventuels honoraires si vous confiez la rédaction des statuts à un avocat ou à un notaire. Les tarifs réglementés étant révisés chaque année, vérifiez les montants à jour sur entreprendre.service-public.fr avant de lancer votre démarche.
Quels textes régissent les sociétés civiles ?
Les sociétés civiles sont régies par les articles 1845 à 1870-1 du Code civil et par le décret n° 78-704 du 3 juillet 1978.
Les associés d’une société civile sont-ils responsables solidairement ?
Non. Dans une société civile de droit commun, la responsabilité est indéfinie, conjointe et non solidaire, à proportion de la part de chacun dans le capital (article 1857 du Code civil). La qualifier de solidaire est une erreur fréquente.
Une société civile peut-elle relever de l’impôt sur les sociétés ?
Oui. La société civile est à l’impôt sur le revenu par défaut, mais elle peut opter pour l’impôt sur les sociétés. Cette option est en principe irrévocable au-delà du délai légal de renonciation. Une activité commerciale exercée par la société peut en outre entraîner une requalification automatique à l’IS.






